21/06/2026

Taiwan Today

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Des étrangers qui créent à Taiwan

01/03/2006
Jane Allen. (AIMABLE CREDIT DE JANE ALLEN)

A côté des nombreux hommes d'affaires, enseignants et ingénieurs venus s'installer à Taiwan ces dernières années pour les besoins de leur carrière, on trouve aussi des artistes, tant professionnels qu'amateurs, qui affirment que l'île les inspire dans leur travail créatif.

C'est par exemple le cas de l'Américaine Jane Allen qui fabrique de façon artisanale le papier qu'elle utilise dans ses installations. « Pour un artiste étranger qui crée des œuvres destinées à un site spécifique, influencées par l'endroit, le temps et la culture, il est très intéressant d'être à Taiwan, dit-elle. C'est très stimulant de vivre ici, avec tous ces changements rapides dans presque tous les domaines, y compris l'art, la politique et la société. Mon travail est en lien avec la nature et la forêt, et j'ai organisé des ateliers et des projets d'artiste en résidence autour de ces thèmes. »

Entre janvier 2004 et juillet 2005, Jane Allen a bénéficié d'une bourse Fullbright, en même temps que d'une aide de la Fondation pour les échanges universitaires et du Fonds national pour la culture et les arts. Elle a ainsi pu visiter une bonne dizaine de sites à Taiwan, dont elle a ensuite réalisé des cartes en utilisant des matériaux de récupération trouvés sur place.

 

Des étrangers qui créent à Taiwan

Une activité pour enfants organisée au Village des artistes de Taipei. (AIMABLE CREDIT DE TAIPEI ARTISTS VIL LAGE)

L'artiste vit actuellement dans le district de Taichung, au centre de Taiwan, où son mari est professeur d'université. D'après elle, « la scène artistique est concentrée dans les grandes villes, tout particulièrement à Taipei. En dehors de la capitale, on peut dire que l'art est "en lutte", et même à Taipei, l'art contemporain a du mal à se faire une place au soleil. Très peu de galeries en exposent, et il existe très peu d'espaces alternatifs. »

Victor Shteinberg, qui vient d'Israël, est artiste à temps plein depuis son arrivée à Taiwan il y a treize ans. Il confirme cette analyse en y ajoutant une explication. « Les Taiwanais, dit-il, ne sont pas très portés sur l'art contemporain. Ils sont plus intéressés par les arts populaires. La tradition artisanale est plus appréciée que la créativité. » Victor Shteinberg est avant tout créateur de bijoux, mais aussi peintre et sculpteur. Ses clients sont surtout aux Etats-Unis, en Europe, en Israël et à Hongkong. « Si je ne comptais que sur la clientèle locale, je mourrais de faim. »

Il s'est installé à Tamsui, une ville historique à l'embouchure de la rivière du même nom, dans le nord de l'île. « C'est proche de Taipei, où tout se passe. Les paysages de montagne y sont magnifiques et le coût de la vie raisonnable. »

Des étrangers qui créent à Taiwan

Chiayi House Lanterns, une œuvre de Jane Allen. (AIMABLE CREDIT DE JANE ALLEN)

« La vie est agréable à Taiwan , poursuit-il. Bien sûr, il y a des aspects positifs et négatifs, mais les gens sont sympathiques, et je peux me concentrer sur mon travail. » Lorsqu'on lui demande s'il s'inspire de la production artistique locale, Victor Shteinberg répond que, pour l'une de ses uvres de grandes dimensions, il a fusionné la technique occidentale de l'esquisse avec des éléments de calligraphie chinoise. Il a observé des calligraphes à l'œuvre, pris quelques cours et étudié les uvres exposées au Musée national du Palais, à Taipei. Son objectif n'était pas de devenir calligraphe, précise-t-il, mais de mieux comprendre la philosophie qui sous-tend cet art.

William Walsh, fresquiste originaire de New York, a choisi de vivre à Taiwan il y a quatre ans. Après avoir visité l'île à deux reprises, il réalisa que son climat et la quasi-absence de vandalisme constituaient des conditions propices pour son travail. Et le fait qu'il utilise de grandes quantités de peinture et crée en extérieur explique son enthousiasme pour les affiches de cinéma peintes à la main qu'on trouve à Taiwan, une tradition toutefois en voie de disparition.

William Walsh enseigne l'art à Tainan, une ville du sud de l'île. Il a découvert là-bas quelques galeries avant-gardistes très actives. Il est co-auteur d'un livre sur l'éducation artistique et envisage de rester encore plusieurs années, à la condition de parvenir à vivre de ses projets d'art public, comme c'était le cas lorsqu'il habitait New York.

L'ouverture du Village des artistes de Taipei (TAV), en 2001, a accentué le côté cosmopolite de la capitale. Installé sur un terrain de 1 650 m2 au centre de la ville, le TAV était au départ un immeuble de bureaux de 4 étages. Il a été reconverti en un complexe abritant studios et salles de conférence et d'exposition. L'endroit a pour mission de « forger de nouveaux liens avec les centres et les institutions artistiques dans le monde ».

Des étrangers qui créent à Taiwan

Un artiste étranger en train de travailler au Village des artistes de Taipei. (AIMABLE CREDIT DE TAIPEI ART ISTS VILLAGE)

Cindy Wu [吳清怡], chef de programme pour les arts visuels au TAV, indique qu'on y accueille des artistes du monde entier. Ainsi, près de 120 artistes étrangers et près de 70 Taiwanais y ont séjourné depuis 2001, durant 12 semaines en moyenne. Ceux qui ont été invités par les services culturels de la municipalité de Taipei reçoivent un billet d'avion aller-retour en classe économique, ainsi qu'une bourse de 35 dollars américains par jour, à laquelle s'ajoutent 600 dollars par mois pour couvrir les frais de matériel. Les artistes de passage peuvent demander à être hébergés au village, gratuitement ou pour un tarif modique.

Le Néo-Zélandais Jack Saunders compte parmi les artistes qui ont fait une démarche personnelle pour obtenir un studio au TAV. « J'ai besoin de calme pour créer, et je me sens bien au TAV », explique ce sculpteur qui travaille avec des ordures, littéralement. Ses œuvres associent des machines mises au rebut, du tissu, du bois, du plastique, entre autres matériaux de récupération. Ses revenus sont assurés par son entreprise d'import-export, et il décrit la sculpture comme une passion. C'est en Europe qu'il est principalement exposé, mais il apprécie sa vie à Taiwan. « Je trouve les gens d'ici très sympathiques, et je pense que les autorités culturelles nous aident vraiment, dit-il. L'avantage, en tant qu'étranger, c'est que les gens sont curieux de voir ce que nous faisons, et il nous est plus facile d'attirer l'attention de la communauté artistique, des médias, etc. » Malgré tout, il y a des inconvénients. « Il est ici plus difficile pour nous de nous intégrer dans le milieu artistique local et d'avoir des contacts suivis avec les artistes taiwanais. » Jack Saunders regrette aussi que l'accent ne soit pas davantage mis sur l'éducation artistique et culturelle. « Une meilleure publicité pour les artistes de passage serait la bienvenue : je suis convaincu que davantage de gens viendraient nous voir. »

Jane Allen, pour sa part, souligne que la curiosité du public est souvent liée à la provenance de l'artiste. « Actuellement, à New York, c'est un avantage d'être Chinois, parce que les Américains sont fascinés par l'art contemporain chinois. En tant qu'artiste américaine à Taiwan, on pense que je suis plus intéressante qu'un artiste local, et parfois je reçois plus d'attention parce que je viens de New York. Pourtant, je pense que tout dépend toujours de vos uvres. Ce que vous faites devrait toujours primer sur vos origines. »

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